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Patagonie… la terre à qui ?

La Patagonie argentine est un territoire très convoité ; elle comprend la quasi totalité de cinq grandes provinces du pays, et en atteint quelques autres. Depuis la célèbre Patagonie rebelle [1] , cette région n’a pas cessé d’engendrer différentes polémiques.

Laissée à l’abandon politique, dans les années 80 l’ancien président Raúl Alfonsín avait envisagé de déplacer la capitale argentine en Patagonie : le "Projet Patagonie et la capitale » avait pour but de décentraliser le pouvoir politique et de le séparer du pouvoir économique du pays, tous les deux concentrés dans le Grand Buenos Aires, afin de résoudre le problème démographique de l’Argentine. Cela a ouvert un grand débat, transformant par la suite ce projet en une plaisanterie, et tombant tout à coup à l’abandon.

Dans l’imaginaire argentin, l’idée s’est construite que la Patagonie était un territoire lointain et qu’il était inutile de posséder autant de terres "abandonnées", si "personne" n’habitait dans cette zone. À partir de ces suppositions, le gouvernement de Carlos Menem n’a pas eu meilleure idée que de vendre à bas prix des quantités démesurées de terres. Tout à coup, le sud argentin a commencé à avoir ses « maîtres ». Des anciens hommes politiques, entrepreneurs, célébrités nationales et internationales, chacun avec sa grande parcelle de terre, devenaient ainsi les plus grands propriétaires terriens de l’histoire argentine. L’expression " un pays à l’intérieur d’un autre" est née.

La Patagonie a aussi été morcelée par d’autres propriétaires : toujours avec des permissions gouvernementales, de grandes entreprises s’y sont installées, occupant le terrain public et détruisant l’habitat naturel par un trafic incessant de gros véhicules. Elles ont aussi commencé à extraire les richesses minérales existantes, pour exporter l’eau , le pétrole et exploiter des mines à ciel ouvert. Carte blanche pour les entreprises transnationales, qui s’accaparaient tout se qui se trouvait sur le territoire patagonique.

Ces activités épuisent non seulement les terres des ressources naturelles non renouvelables, mais la pollution qu’elles produisent dans l’environnement est aussi terrible et irréversible.

Dans cette région, auparavant offerte et dont ce qu’il en reste est réparti aujourd’hui entre de puissants intérêts, est habitée par des êtres humains. Des personnes qui y vivent depuis longtemps, depuis des siècles. Ces peuples qui habitaient la Patagonie, même avant l’indépendance argentine des Espagnols, étaient aussi présents au moment de la répartition des terrains. Il s’agit de leurs terres, et aujourd’hui ils doivent faire face à la dévastation de celles-ci par les étrangers et les entreprises transnationales.

Les Mapuches résistent en Patagonie argentine depuis plus de 250 ans. Ils demandent aujourd’hui la reconnaissance de leurs droits, et que leur soient rendues leurs terres. De l’autre côté, un pays qui fait la sourde oreille face à la demande et à la répression dont sont victimes les Mapuches, héritiers de ces territoires, les propriétaires légitimes de ces terres.

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Notes

[1] Ouvrage historique d’Osvaldo Bayer. Témoignage de la rébellion des travailleurs et syndicalistes qui a eu lieu en Patagonie argentine en 1921 et qui a été fortement réprimé par l’Armée argentine.

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