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Luttes et rêves mapuches

Le 12 octobre dernier, La Pause a discuté avec Pedro Cayuqueo, journaliste et militant mapuche, dans le cadre des activités réalisées à Paris en solidarité avec les peuples originaires des Amériques. Nous avons pu réfléchir avec lui sur la particularité de la lutte mapuche dans le contexte des luttes indigènes.

Les Mapuches sont le deuxième peuple indigène des Amériques par leur nombre - presque deux millions répartis dans le Nord de la Patagonie chilienne et argentine- et jusqu’à un peu plus d’un siècle, ils disposaient d’une souveraineté politique et territoriale unique en Amérique latine, maintenue jusqu’à la fin du 19è siècle, à la suite de l’invasion planifiée par les États chilien et argentin. Pedro Cayuqueo nous a expliqué que le cas mapuche est particulier car certaines des revendications rejoignent celles de l’ensemble des peuples originaires d’Amérique latine, mais que notamment au niveau politique, le peuple mapuche a une aspiration qui lui est propre : la reconstitution d’une nation, d’un territoire à eux.

La perte du territoire mapuche est assez récente, car le Chili et l’Argentine sont des « accidents » historiques très récents : « La relation de mon peuple avec les Espagnols date de quatre siècles alors que ces deux Etats en ont moins de deux »- affirme Pedro, qui nous rappelle en même temps que les processus d’indépendance du Chili et de l’Argentine sont assez tardifs par rapport aux autres pays de l’Amérique latine (tous les deux vont fêter l’année prochaine leur 200 ans d’indépendance de l’Espagne). L’invasion militaire chilienne et argentine sur le territoire mapuche est encore plus récente : elle date de presque 130 ans, et c’est alors que le territoire mapuche s’est vu réparti sur ces deux pays. « Cette perte du territoire en tant que nation est si récente- continue Pedro- que mon arrière-grand-père est né sur un territoire Mapuche indépendant ».

Pourtant, la situation des Mapuches n’est pas la même au Chili qu’en Argentine ; comme ils représentent une minorité absolue en Argentine, la lutte se concentre principalement pour l’obtention des terres et la reconnaissance culturelle, tandis que le rêve de reconquérir un pays propre touche plutôt la réalité mapuche du Chili. « Il y a une réalité historique que l’on ne peut pas nier- affirme Pedro- nous avons été occupés par deux Etats et la réalité mapuche est diverse aujourd’hui en Argentine et au Chili. Même en Argentine, elle est bien différente dans les trois provinces où se trouvent les Mapuches. »

Ce mouvement de revendication politique se centre particulièrement dans la région de l’Araucanía [1]. , « la mère patrie mapuche ». La majeure partie de la population des communautés mapuches se concentrent sur ce territoire.

Cette lutte, qu’il qualifie « politique », plus que pour la reconnaissance culturelle, se construit autour de l’utopie d’avoir à nouveau un pays propre. Or, Pedro signale qu’elle n’est pas centrée sur la question ethnique ; elle envisage dans le même temps d’intégrer des revendications sociales, et les graves problèmes économiques et politiques qui touchent les habitants de la région en général. De ce fait, les peuples indigènes sont capables à eux seuls de générer une pensée politique inspirée de leur propre culture. L’expérience de la Bolivie démontre que cela est possible. Les Mapuches, quant à eux, ont quatre principes : Kim che (des gens sages), Nor che (des honnêtes gens), Newen che (des braves gens) et Kume che (des gens bons) ; des valeurs pour eux fondamentales, et qui existent dans leur langue depuis des milliers d’années.

Notes

[1] La région de l’Araucanía constitue la IXè région du Chili et prend une partie de l’Est de l’Argentine

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